Édito : Les scientifiquEs

Connaissez-vous l’effet Matilda ? Derrière cette appellation à l’allure innocente, se cache en réalité un phénomène sociétal inquiétant : l’invisibilisation des femmes en sciences. Le nom de cet effet fut donné en hommage à Matilda Joslyn Gage, une auteure américaine du XIXe siècle. Cette féministe engagée fut parmi les premières à dénoncer les cas où le travail des femmes scientifiques était oublié, ou récupéré par un homme. Ce circuit sournois et sexiste perdure malheureusement à travers les décennies. La trisomie 21 identifiée par Marthe Gautier, les pulsars détectés par Joslyn Bell, les expériences sur la fission nucléaire de Lise Meitner… Tous ces travaux ont été injustement négligés parce qu’ils étaient réalisés par une scientifique et non un scientifique. Si l’on couple l’effet Matilda au contexte sexiste du monde de la recherche, les conséquences sont considérables : moins de 5 % des prix Nobel en sciences ont été attribués à une femme.

Même Marie Skłodowska-Curie a failli en être écartée. Dans ce dixième numéro de L’Octopus, nous tenions à mettre en valeur les scientifiques au féminin qui ont marqué leur discipline et les sciences en général. Les savantes que vous allez découvrir, ou redécouvrir, au fil de nos articles, n’ont pas été choisies simplement parce qu’elles sont des femmes, mais parce qu’elles ont réalisé des travaux d’exception. Comme vous allez le voir, elles ont été à la base de l’informatique, ont joué un rôle clé dans notre compréhension de l’espace et ont toujours su innover à leur manière. Enfin, nous avons tenu à intégrer dans ce numéro une nouvelle rubrique intitulée « Campus » qui reflète l’engagement de notre université et de l’enseignement supérieur dans le combat pour l’égalité entre les genres.

Baptiste Gaborieau