Des couleurs dangereuses… ou pas

Dessin de femme-grenouille. Par Ilia Aïm Par Ilia Aïm

Attirer l’attention pour survivre

Face à une menace, attaquer ou fuir, il faut choisir. Eh bien pas forcément. 

Il existe une autre solution qui permet à un animal de passer tranquillement à côté d’un prédateur sans être attaqué : crier très fort « attention je suis dangereux ! ». Enfin presque… L’aposématisme est un mécanisme par lequel un animal ou un végétal prévient qu’il n’est pas comestible grâce à un signe distinctif. Ce signal de toxicité peut être une odeur, une molécule spécifique sécrétée (donnant un goût amer par exemple) ou encore une couleur voyante. Un des exemples les plus connus est le motif jaune à rayures noires des guêpes et des frelons. 

Pour bien comprendre l’intérêt d’arborer un tel signal, on peut faire le parallèle avec le drapeau blanc dressé sur les champs de bataille, dont la couleur signifie  « Je suis gentil, ne m’attaquez pas ». Sauf qu’ici, le drapeau est de couleur pétante et signifie « je suis très dangereux, si vous m’attaquez c’est à vos risques et périls ». Les prédateurs sont ainsi prévenus et ne prennent pas le risque d’attaquer. 

L’aposématisme entre dans la catégorie des mécanismes de défense passifs. Il nécessite une période d’adaptation pour finalement atteindre un état de désintéressement mutuel. Plus simplement, les deux camps  « apprennent », par sélection naturelle, qu’il est plus judicieux de s’éviter : la proie n’est pas mangée et le prédateur n’est pas intoxiqué. D’un point de vue évolutif, ce caractère permet donc d’augmenter considérablement les chances de survie des proies, mais aussi celles des prédateurs. 

Ces caractéristiques ont été observées dès le milieu du 18ème siècle mais ont été originellement associées à un comportement sexuel. C’est l’observation de chenilles colorées non sexuellement actives (la forme papillons étant l’unique forme sexuellement mature) qui a infirmé cette théorie et l’a mené vers celle d’un mécanisme de défense. 

Ilia Aïm


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Des imitateurs pas si dangereux

Mais attention, ne vous y trompez pas ! Certains animaux sont capables d’imiter l’aposématisme des animaux précédents. Pourquoi ? Pour se défendre : les prédateurs confondent les espèces quasiment identiques et ne s’y risquent pas. Pourtant ces mimes sont totalement inoffensifs. Cette imitation a un nom : c’est du mimétisme batésien. Nommé d’après son découvreur, le naturaliste Henry Walter Bates, il consiste, pour un organisme inoffensif, à adopter l’apparence (couleurs, forme, odeur…) d’un autre organisme nocif. En d’autres termes, un imitateur batésien est un mouton déguisé en loup. Cette réponse évolutive acquise par de nombreuses espèces animales et végétales est efficace pour obtenir une protection contre les prédateurs sans avoir à dépenser de l’énergie pour produire des toxines

Les imitateurs ont moins de chances d’être découverts lorsqu’ils sont moins nombreux que leur modèle. Le mimétisme batésien ne reste intéressant que si le mal causé au prédateur en mangeant l’individu dangereux est plus important que l’avantage de manger un mime. Un prédateur qui a une mauvaise expérience avec un modèle a tendance à éviter tout ce qui lui ressemble pendant longtemps. Si les imitateurs deviennent plus abondants que les modèles, alors la probabilité qu’un prédateur ait une expérience avec un imitateur augmente. Il n’aura alors plus peur d’attaquer tous les individus lui ressemblant.

Un exemple flagrant cité par Bates lui-même est celui de la sésie apiforme (Sesia apiformis), un papillon inoffensif aux ailes transparentes et au corps rayé brun rougeâtre, noir et jaune. Il ressemble à s’y méprendre à une guêpe ou un frelon. Il profite ainsi de l’aposématisme de ces insectes pour repousser les prédateurs.

Un autre exemple de mimétisme batésien chez les vertébrés est celui de la couleuvre faux-corail (Lampropeltis triangulum) qui, comme son nom l’indique, mime les couleurs du serpent corail.

Des couleurs vives ne signifient donc pas forcément qu’un individu est dangereux, parfois il s’agit de la ruse d’un imitateur. Restez donc attentifs aux individus que vous croisez.

Fanny Lavastrou


Sources :

Futura. (s.d.). Définition | Mimétisme batésien | Futura Planète. Futura. Consulté le 10 mars 2022, à l’adresse https://www.futura-sciences.com/planete/definitions/zoologie-mimetisme-batesien-7269/

Massemin, D. Aposématisme, mimèse et mimétisme en forêt guyanaise. Une saison en Guyane. Consulté le 10 mars 2022, à l’adresse https://www.une-saison-en-guyane.com/article/ecologie/aposematisme-mimese-et-mimetisme-en-foret-guyanaise/ 

Pérez Simón, C. (2020, 12 mai). Aposématisme – définition et exemples. Planète animal. Consulté le 10 mars 2022, à l’adresse https://www.planeteanimal.com/aposematisme-definition-et-exemples-3317.html 

The Editors of Encyclopaedia Britannica. (s. d.). Batesian mimicry | zoology | Britannica. Britannica . Consulté 10 mars 2022, à l’adresse https://www.britannica.com/science/Batesian-mimicry