Des insectes dans votre assiette


Dans une société où l’élevage industriel est vivement critiqué pour ses effets néfastes sur l’environnement, les insectes apparaissent comme une ressource alimentaire durable. Retour sur ces organismes qui peut être, un jour, vous raviront les papilles.

 

Ils rampent, ils grouillent, ils bondissent, les insectes font partie du régime alimentaire d’environ deux milliards de personnes dans le monde selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Pourquoi pas vous ? Ils se rajouteraient aux 500 grammes d’insectes que chaque français ingère déjà sans le savoir par an dans la farine, le chocolat, les fruits et les légumes.
À l’heure où les consciences s’éveillent quant à la surconsommation de viande et à l’impact non négligeable de l’élevage sur l’environnement, le principal défi est de changer les mentalités. En effet, peu d’aliments protéinés semblent concurrencer les insectes et ce malgré le peu de données fiables sur leurs compositions nutritionnelles.  Ce manque de données provient essentiellement du nombre restreint d’études sur le sujet, mais aussi du manque de réglementation de l’Union Européenne sur l’élevage et la consommation d’insectes. Alors qu’en Europe, la Finlande et la Suisse viennent d’autoriser la mise sur le marché de certains insectes comestibles pour l’homme, la France est en retard sur ses homologues européens. Depuis le 1er janvier 2018, les sociétés qui produisaient déjà des insectes destinés à la consommation humaine, peuvent faire des demandes d’autorisation à la vente.

L’apport nutritionnel dépend des espèces et de leur cycle de vie. Par exemple, pour un poids équivalent, les chenilles apportent plus de protéines que les œufs mais moins que les poissons.

Outre leurs apports nutritionnels, les insectes présentent des avantages économiques et environnementaux. D’un point de vue industriel, ils sont des candidats redoutables pour remplacer le bétail. Ils prennent peu de place et offrent un rendement élevé : il faut 2 kg de nourriture pour produire 1 kg de criquets contre 8 kg pour 1 kg de viande de bœuf. Leur régime alimentaire est peu contraignant, comme l’indique une étude du professeur Jansson sur l’alimentation des grillons, publiée dans la revue Journal of Insects as Food and Feed en février 2017. Il y est démontré que les mauvaises herbes sont aussi nutritives pour eux que la nourriture industrielle. D’un point de vue écologique, les élevages d’insectes nécessitent, proportionnellement à leurs tailles, beaucoup moins d’eau que les élevages bovins. De la même manière, les insectes produisent peu de gaz à effet de serre, contrastant avec l’élevage actuel, une des activités anthropiques les plus polluantes.
Si les insectes semblent être une bonne alternative à la viande, le manque d’études sur leurs potentiels dangers sanitaires et le manque de réglementations sur leurs élevages peuvent poser problème quant à leur commercialisation. Tout comme les acariens et les crustacés, ils peuvent être source d’allergies.

Toutefois, des entreprises dévolues à l’élevage d’insectes et leur transformation en farine telles que Micronutris, Entomo Farm ou encore Ynsect poussent comme des champignons. Force est de constater qu’il s’agit d’un stratagème habile pour camoufler leur présence. La farine protéinée peut être utilisée de différentes manières, soit pour nourrir le bétail ou les animaux de compagnie soit pour la cuisine quotidienne. Ainsi, une question se pose : les français sont-ils prêts à accepter de manger des insectes pour leur plaisir ? Culturellement délaissés, leur commercialisation sous leur forme naturelle reste très marginale. En cela, présenter les insectes comme des aliments à la mode voire des produits de luxe devient une stratégie marketing prisée par les industriels. Que vous soyez sensibles à l’écologie ou accro aux nouvelles tendances, croquez les insectes à pleines dents !

Guillaume Marchand