L’empire nomade qui gouverna l’Asie

Guerriers mongols à cheval. Par Enkhtamir Enkhdavaa / https://pixabay.com/fr/photos/cheval-mongolie-guerrier-guerre-1567608/ Par Enkhtamir Enkhdavaa / https://pixabay.com/fr/photos/cheval-mongolie-guerrier-guerre-1567608/

En 1227, Gengis Khan, le premier empereur mongol, meurt, laissant derrière lui un vaste empire reliant le Pacifique à la mer Caspienne. Ses successeurs étendront encore ce territoire, atteignant la Hongrie et la Turquie. À son apogée, l’empire s’étendait sur 24 millions de kilomètres carrés. Mais après les conquêtes, comment une telle superficie a bien pu être gouvernée ? Si Gengis Khan ou ses descendants n’ont jamais renoncé à leur mode de vie nomade, cela ne les a pas empêchés de bâtir et de préserver une unité politique et culturelle qui durera jusqu’à la fin du XIVème siècle.

L’administration nomade

Jamais les empereurs mongols ne s’installèrent dans une capitale. Le nomadisme, au cœur de la culture des peuples des steppes, permit en effet de maintenir le contrôle de l’État mongol sur une étendue si importante. De plus, la légitimité politique des grands Khans, les empereurs, se fonde aussi sur la perpétuation de leur héritage culturel. Alors pour gouverner des portes de l’Europe aux confins de l’Asie, un réseau postal officiel est mis en place, le yam. Composé de nombreux relais dans lesquels les coursiers peuvent changer de cheval ou se restaurer, il mobilise aussi des interprètes pour faciliter la communication. Pour assurer la présence de l’empire, des « hordes », centres régionaux du pouvoir, se déplaçaient de façon saisonnière sur tout le territoire.

Les peuples sédentaires intégrés à l’empire durent même s’adapter aux mœurs mongoles. Invités à la cour, les souverains locaux étaient tenus de rencontrer personnellement le grand Khan et de connaître la vie nomade. Mais cela n’interdit pas le luxe : les grands Khans se firent construire des palais dans les villes de passage, et habitèrent des tentes richement aménagées.


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Un pouvoir décentralisé

L’empereur ne régnait pas seul sur cette immensité. Très régionalisé, le pouvoir était exercé par des gouverneurs mongols, accompagnés par des dignitaires religieux ou politiques locaux. Tous ces agents du pouvoir devaient régulièrement se réunir avec la cour afin de prendre collégialement des décisions sur la tenue de l’empire, notamment l’élection de l’empereur lors d’une succession. L’État mongol parvint à créer une continuité politique et à instiller ses marqueurs civilisationnels mais n’a pas cherché à effacer les cultures des régions vaincues.

Pour faciliter le gouvernement ou encourager les échanges commerciaux, un ensemble de règles fut édicté par l’administration mongole : le yassa. Ce système permit d’harmoniser les pratiques monétaires ou religieuses, tout en étant capable de s’adapter au fil du temps et des conquêtes.

En 1260, l’empire se sépara en quatre oulous, provinces distinctes, sans empereur régnant sur l’ensemble. Mais cette partition ne l’empêcha de perdurer sous cette forme et de conserver une certaine unité politique. Au fur et à mesure, il finira par se déliter en plusieurs États plus modestes. Mais la civilisation mongole perdurera dans les pratiques politiques et les cultures issues de l’empire.

Edwyn Guérineau

Sources :

Berger, S. (2019). « IV. L’Empire mongol : un État nomade ». Dans : Sylvain Gouguenheim éd., Les empires médiévaux (pp. 89-112). Paris: Perrin. https://doi.org/10.3917/perri.gougu.2019.01.0089″ SMASH

Favereau M. (2021), The Horde. How the Mongols Changed the World, Harvard University Press.