Rire pour guérir ?

Médecin et patiente qui sourient. Par Canva / Free média licence Par Canva / Free média licence

Le moral dans les chaussettes ? Une bonne partie de rigolade ne pourra vous être que bénéfique. C’est sur ce principe que repose les intrigantes séances de thérapie par le rire, très en vogue depuis les premiers confinements.

Que le rire fasse du bien, chacun peut en témoigner. Preuve à l’appui : les mois de confinements au cours desquels la moindre vidéo de chat, de chute, ou encore le moindre mème, entraînaient l’apparition d’un petit rictus sur notre visage et nous permettait de nous échapper, durant quelques secondes au moins, de l’ennui quotidien. Qu’il surgisse lors d’une situation sociale ou lorsque l’on est seul derrière son écran, le rire libère, soulage et réconforte.

Associations, écoles du rire, clubs de yoga du rire… Cette réaction spontanée et communicative qui secoue nos corps à la suite d’une bonne blague est promue depuis une trentaine d’années comme une arme plus qu’efficace contre le stress et la douleur. Sceptique ? Il n’est évidemment pas question de combattre la maladie à coup de blagues. Mais le rire apparaît tout de même comme un échappatoire très efficace à l’adversité, comme en témoignent des études scientifiques sur le sujet, bien que très peu nombreuses.

Dans les hôpitaux, les clowns de l’association Le Rire Médecin rendent ainsi visite à plus de 83 000 enfants par an, utilisant l’humour pour rendre plus supportable la douleur subie par les jeunes patients. « Un clown est comme une aspirine, sauf qu’il agit deux fois plus vite », affirmait le célèbre comédien, Groucho Marx.

Pour le meilleur et pour le rire

Mais fou rire et cachet d’aspirine sont-ils vraiment équivalents ? Si la comparaison est légèrement exagérée, les bienfaits du rire sont très certainement non-négligeables. Et pourtant, « alors qu’enfant nous rions jusqu’à 400 fois par jour, il est exceptionnel de le faire seulement dix fois étant adulte », rapporte la Fédération française de Cardiologie (FFC). Un constat surprenant qui pousse la FFC, ainsi que de nombreuses autres organisations, à rappeler les bénéfices d’un bon fou rire.

Véritable couteau suisse, le rire permet ainsi de stabiliser notre rythme cardiaque et de diminuer la pression artérielle. Il augmente la quantité d’air ventilée, nettoyant ainsi nos poumons et améliorant l’oxygénation du sang. Il renforce par ailleurs notre système immunitaire en augmentant la production de globule blanc, ces cellules qui jouent un rôle clé dans la défense de notre corps contre les micro-organismes infectieux. En dissipant les tensions, rire a également un effet bénéfique sur notre sommeil, notre digestion et notre énergie sexuelle. Et la liste ne s’arrête pas là…

Rire, c’est aussi bon pour notre santé mentale. « Le rire réduit la production de cortisol, l’hormone principale du stress, procurant immédiatement un sentiment de bien-être », explique la FFC. Et se « taper une barre » déclenche aussi la production d’endorphine, considérée comme l’une des hormones du bonheur, dans différentes régions de notre cerveau. Cette hormone, que l’on pourrait comparer à une morphine naturelle, atténue la douleur ressentie par le rieur. En 2017, une étude finlandaise avait ainsi montré que le rire, qu’il soit forcé ou non, permettait d’augmenter le seuil de sensibilité à la douleur d’une personne. 


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Quels effets a la danse sur notre cerveau ?

De nombreuses personnes expliquent que danser leur procure un plaisir indescriptible, en plus d’un bien-être physique important. Quels sont donc les effets surprenants que peut avoir la danse sur notre cerveau ? En vieillissant, le cerveau s’altère lentement. Ainsi, certaines structures comme l’hippocampe, impliqué dans la mémorisation et la navigation spatiale, voient leur volume réduire de 2 à 3 % par décennie, puis de 1 % par an à partir de 70 ans.…

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Le rire a la cote

Pour notre plus grand bien, le cerveau ne semble pas faire la différence entre rire forcé et rire naturel. Du moins, les effets sur notre corps restent les mêmes. C’est d’ailleurs sur ce principe que reposent les séances de yoga du rire : obtenir les bienfaits du rire naturel par un rire forcé. Et depuis quelques années, les professionnels du rire sont de plus en plus nombreux à proposer leurs services pour vous apprendre à vous reconnecter avec votre joie de vivre. Aussi appelés thérapeutes par le rire, ou rigologues, ces professionnels ont vu leur popularité monter en flèche avec les multiples confinements.

Le terme rigologie a été défini en 2002 par Corinne Cosseron, fondatrice de l’école internationale du rire et du bien-être. Inspirée du yoga du rire et de la sophrologie ludique, la rigologie est un ensemble de techniques « psycho-corporelles ludiques de libération émotionnelle » peut-on lire sur le site de l’école, qui propose des formations aux différentes disciplines du rire, accessibles à tous.

Dans ces ateliers, un seul mot d’ordre : rigoler. Entre relaxation dynamique, jeux de cohésion, initiation au yoga du rire, travail sur les émotions… Les exercices proposés sont variés. Le but est d’apprendre, grâce au rire, à se débarrasser des émotions qui nous encombrent et « nous empêchent d’accéder à notre joie de vivre » peut-on aussi lire sur le site. Si l’exercice semble séduire, certains – dont d’éminents rigologues – déplorent les dérives sectaires qui émergent parfois de telles pratiques. 

Le neurologue Henri Rubinstein, considéré comme la référence médicale du rire thérapeutique, l’affirme dans le magazine La vie : « Le rire ne guérit pas, contrairement à ce que certains veulent me faire dire, et faire croire. Il est positif pour la santé, mais n’a rien de médical. » Et comme le révélait une enquête de Médiapart en 2013, cette utilisation du rire pour guérir présente un risque pour les personnes fragiles de se faire manipuler par les promesses d’un guide spirituel. Certains animateurs se présentent ainsi comme des mentors et promettent l’accès à une vérité absolue ou à un remède miracle. Des dérives qui touchent malheureusement toute l’industrie du développement personnel.

Rire ou ne pas rire 

Le rire médecin, pas tout à fait. Cette douce mélodie – qui arrive à nos oreilles sous la forme d’un simple ha-ha-ha ou ponctuée de bruits douteux qui alimentent notre hystérie – n’est donc pas un remède miracle. Le rire ne pourra pas à lui seul faire sortir quelqu’un de son état dépressif ou le guérir d’un sérieux problème de santé. Cependant, comme Victor Hugo le disait si bien : « Faire rire, c’est faire oublier. Quel bienfaiteur sur la terre, qu’un distributeur d’oubli ! » 

Bien qu’il ne puisse pas guérir à lui seul toute sorte de maux, le rire ne peut qu’être utile pour combattre les idées moroses qui nous submergent à certains moments de notre vie. Véritable pompe à endorphine, petit exercice physique mais aussi élément clé du lien social, le rire est à consommer sans modération. Et ne vous inquiétez pas, aucun risque d’overdose !

Noémie Berroir


Sources :

Florence Rosier, FR. (23/11/2020). [Le rire, formidable « pompe à endorphines » pour temps de crise]. [Le Monde]. Consulté le 20/12/2022 sur https://www.lemonde.fr/sciences/article/2020/11/23/le-rire-formidable-pompe-a-endorphines-pour-temps-de-crise_6060837_1650684.html

Florian Bardou, FB. (02/05/2021). [Le rire cimente le rapport social]. [Libération]. Consulté le 20/12/2022 sur https://www.liberation.fr/lifestyle/le-rire-cimente-le-rapport-social-20210502_AYG4VXU6LNEYHCF5WDPJYNTX4E/?redirected=1

Romain Gaillard, RG. (03/05/2013). [Du rire à la rigologie, le remède est-il dans l’humeur ?]. Médiapart. Consulté le 29/12/2022 sur https://blogs.mediapart.fr/romain-gaillard/blog/030513/du-rire-la-rigologie-le-remede-est-il-dans-lhumeur