Toujours debout : Les constructions parasismiques des grandes civilisations

Crédits : Daniel Case

De grandes civilisations ont existé avant nous et ont accompli des exploits techniques inimaginables, en construisant des architectures à couper le souffle. Mais combien de ces merveilles ont été perdues ? Surtout, quel est le secret de celles qui subsistent ?

Le Colosse de Rhodes, cette grande statue de bois et de bronze mesurant 30 m de hauteur, s’écroula après  un tremblement de terre en -227. Si cette sculpture destinée au dieu Hélios avait suivi la logique des constructions parasismiques, peut-être aurions-nous pu l’admirer aujourd’hui. 

Les adjectifs parasismique ou antisismique signifient « conçu pour résister aux effets d’un séisme », et renvoie aussi bien à la construction de structures qu’à l’étude de leur comportement.  

Crédits : Aline Dassel

En Amérique du Sud, au XVe avant notre ère, les incas construisirent le Machu Picchu selon des principes qui relèveraient aujourd’hui de la science de l’antisismique. La cité entière, des terrasses aux canaux, est encore mieux conservée que certains sites antiques européens. Située à 2 438 mètres d’altitude entre deux crêtes, son emplacement est très sujet aux séismes et aux glissements de terrain. Pour lutter contre ces phénomènes, les incas ont choisi d’ériger leur cité en granit, une roche extrêmement dure naturellement présente à proximité. Plus que la résistance de la roche, c’est surtout leur agencement qui donne aux structures leurs propriétés parasismiques. Les blocs de granit, de plusieurs tonnes, aux formes très variées, sont imbriqués avec une précision millimétrique. Les archéologues supposent qu’en cas de séisme, les blocs parviennent toujours à revenir à leur place. Dès lors, une question subsiste : comment les incas ont-ils fait pour tailler une roche aussi dure ? 

Ils auraient utilisé l’hématite, une roche lourde et riche en fer, résistant particulièrement bien aux chocs. Présente naturellement sous forme de galets, elle aurait servi de marteau pour tailler le granit, en exploitant les faiblesses naturelles de la pierre. Les finitions se faisaient avec des galets de plus en plus petits, jusqu’à polir la pierre avec du sable. Un travail titanesque, qui demandait un temps et une main d’œuvre conséquente. 


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En Jordanie, à Petra, le temple Qasr al-Bint construit à l’époque nabatéenne aurait lui aussi suivi une logique parasismique. La cité de Pétra se trouve entre deux plaques tectoniques, la plaque d’Arabie et la plaque d’Afrique. Trois séismes successifs vers l’an 740 endommagèrent la ville et ses monuments. Le Temple Qasr al-Bint haut de 23 mètres, est la seule structure encore debout, probablement grâce à son architecture peu commune. Ses étages seraient en effet  partagés par deux bandes de séparation en bois,  apportant à l’édifice une grande flexibilité en cas de séismes. La friction du bois sur la pierre permettrait d’absorber les secousses et ainsi de les dissiper. 

Cependant tous les grands monuments ne sont pas des constructions parasismiques. 

En Afrique du Nord, la grande pyramide de Khéops abriterait une cavité qui pourrait être considérée comme suivant une logique antisismique. Cette zone isolée dans la pyramide permettrait de protéger trois chambres dont celle du roi. Et pourtant, ce monument incroyable d’environ 2,3 millions de pierres n’est pas une construction parasismique. Si elle est encore debout aujourd’hui, c’est en partie dû à sa forme pyramidale et à sa  à sa base géométrique formant un carré presque parfait de 230 m de côté. 
Aujourd’hui, le pays le plus à la pointe de cette technologie est incontestablement le Japon, du fait de sa position sur la « ceinture de feu du Pacifique », une zone à la sismicité très élevée.

Louise Laurenço

Sources :

https://whc.unesco.org/fr/list/326

https://whc.unesco.org/fr/list/86

https://whc.unesco.org/fr/list/274

https://www.adesol-groupe.com/construction-parasismique-historique/

https://batimentsparasismiquestpe.wordpress.com/histoire/

http://sweetrandomscience.blogspot.com/2015/05/le-mystere-des-murs-incas.html

Le Qasr al-Bint de Pétra, par F. Zayadine et J. Dentzer-Feydy et F. Larché, ERC, Paris, 2003 

https://journals.openedition.org/syria/4689

https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/homme-pyramide-kheops-grande-cavite-decouverte-interieur-64818/

https://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/qu-y-a-t-il-dans-la-salle-inconnue-de-la-pyramide-de-kheops_133950

https://www.connaissancedesarts.com/monuments-patrimoine/une-cavite-inconnue-decouverte-dans-la-grande-pyramide-de-gizeh-1180592/

https://www.persee.fr/doc/ebisu_1340-3656_1999_num_21_1_1639#ebisu_1340-3656_1999_num_21_1_T1_0138_0000

https://www.youtube.com/watch?v=gh8EDtAqTFQ

https://www.youtube.com/watch?v=2bZ3Z5SBRec&t=2658s