L’atlas de la beauté

Contrairement à ce que la mondialisation nous pousse à penser, la beauté n’est pas universelle. Chaque population perçoit la beauté d’une façon qui lui est propre et cette perception est intrinsèquement liée à son passé.

La beauté est avant tout un concept subjectif basé sur notre perception. Outre son caractère sensoriel, le beau est une notion qui dépend de nombreux facteurs comme la culture, l’histoire ou encore la région géographique.  point de vue physiologique, la beauté n’est pas qu’une préoccupation superficielle de l’humanité, elle renseigne également sur la santé et les moyens de subsistance des individus.

Il est un critère de beauté qui est commun à tous les endroits du monde et toutes les époques : la symétrie. Chez certaines espèces animales, elle est un gage de bonne santé, toutefois, ce n’est pas la raison pour laquelle elle a été sélectionnée au cours de l’évolution chez nos ancêtres. Si l’on se réfère aux études de David Lawson et Nicholas Pound, on peut avancer l’hypothèse selon laquelle, elle est, chez l’Homme, un attribut purement esthétique.

Les filles naissent dans les roses 

Dans de nombreuses sociétés, la femme est apparentée à la beauté et à l’amour. Cette vision a pour origine la maternité ainsi que la grande prévalence du statut de guerrier de l’homme. Au cours de l’histoire, les représentations de la femme à travers l’art nous renseignent sur la vision de la beauté féminine. Les premières traces de figuration humaine retrouvées, entre 25 000 – 20 000 ans av. J.C., sont des représentations féminines : les Vénus paléolithiques. La plupart de ces statuettes possèdent un physique particulier, de larges hanches, un ventre et des seins proéminents. Ces attributs font référence à la maternité et à la fertilité, et nous renseignent sur les canons de beauté de l’époque. D’ailleurs, la poitrine, caractéristique typiquement féminine était un critère de beauté chez nos ancêtres, et l’est toujours chez nos contemporains.

Certains canons de beauté sont communs à toutes les sociétés mais de nombreux critères d’esthétisme à travers le monde sont variés.

Les pays occidentaux cultivent le culte de la minceur depuis 1960. Ce phénomène de société aujourd’hui de plus en plus dénoncé n’est pas un canon de beauté historique puisque qu’auparavant, être fine était un signe de pauvreté et de mauvaise santé.

L’Europe a connu de fortes pressions de sélection qui ont forgé la beauté européenne par la grande variation de la couleur des cheveux ou encore des yeux. En effet, autrefois les ancêtres des européens privilégiaient les femmes aux teints, aux cheveux et aux yeux clairs. Historiquement, la blancheur de la peau a longtemps été associée à la beauté, en effet, la noblesse s’exposait très peu au soleil. Cependant, au début du XXe siècle, la révolution industrielle développa la vie ouvrière dans les usines, permettant aux femmes de redevenir plus blanches de peau. Ainsi pour prendre le contre-pied, les aristocrates redécouvre le bronzage notamment grâce au tourisme balnéaire. Ces dernières arboraient un teint hâlé au retour de leurs vacances, ce teint fut alors synonyme de succès et d’aisance financière.

En Amérique Latine, la définition de la beauté varie du schéma occidental, là où le culte du corps prend une forme particulière, les femmes sont préférées avec des formes voluptueuses. Selon les Sud-Américains, le ratio taille/hanche doit être important. Ainsi une femme aux hanches et aux seins généreux avec une taille de guêpe est plus admirée.

Les Africains, quant à eux, ont généralement les mêmes références que les Sud-Américains au niveau de la corpulence des femmes : ils les aiment bien en chair. Par exemple, la Mauritanie est un pays où les diktats de la beauté divergent énormément de ceux en occident, puisque les femmes les plus belles sont celles ayant le plus d’embonpoint. La pilosité renseigne également sur la beauté de la femme en Afrique Centrale. Plus une femme est poilue, plus elle est admirée. Il s’agit avant tout d’un patrimoine génétique qui se perpétue avec le temps. Ces canons de beauté africains sont aujourd’hui remplacés par les critères occidentaux, notamment avec le développement du mannequinat et des concours de beauté.

Dans les pays de l’Asie du Sud-Est, le teint a une grande importance. Pour ces femmes, il doit être pur et homogène à l’image des Geishas. Cela est synonyme de bonne santé, de bien-être et renvoie au rang social. En plus d’avoir un teint uniforme, les Asiatiques évitent le soleil afin de garder leur peau pâle, le bronzage étant associé aux travaux dans les champs.

Les garçons naissent dans les choux 

La beauté est beaucoup moins mise en avant chez les hommes que chez les femmes. Ce n’est pas le poids, critère de beauté omniprésent chez la femme, mais la taille de l’homme qui est un critère universel. Plus un homme est grand, plus il plaît. Ce caractère physique renvoie à la virilité et est un indicateur des ressources futures du foyer. Au sein de la majorité des pays, les hommes athlétiques sont catégorisés comme les plus beaux, car en meilleure santé. En opposition à la taille et à la corpulence, la pilosité n’est pas un canon de beauté partagé par toutes les cultures. Tandis que les poils au sein des pays occidentaux au sens large (Amérique, Afrique et Europe) sont synonymes de virilité, certains pays orientaux (Asie du Sud-Est, Océanie) préfèrent les hommes glabres.

Et la beauté renaît dans la mondialisation

La mondialisation a entraîné un sursaut médiatique par la diffusion à grande échelle du cinéma, de la publicité, de la télévision et de la presse. Cet élan a propulsé le modèle occidental, entre autres, comme le modèle de beauté de référence, et a entraîné des changements considérables de la vision de la beauté à travers le monde. Pour pouvoir s’approcher des canons européens, les femmes du monde entier ont de plus en plus recours à la chirurgie esthétique ou à des produits cosmétiques qui peuvent être dangereux pour la santé. Certains entraînent une dépigmentation de la peau, augmentant le risque de cancers. La poupée Barbie© est un bel exemple de l’influence, dès le plus jeune âge, de la vision de la beauté à travers le monde. Les hommes, eux aussi, subissent une pression face au développement des médias qui renvoient une image de l’homme caucasien, grand et musclé. Toutefois, depuis quelques années, certains prennent le contre-pied de ce mouvement. En effet, certains individus se réapproprient leur corps et revendiquent leur couleur de peau, leur corpulence et ainsi que leurs origines, en opposition à la mondialisation de la beauté.

 

Quelques chiffres sur la beauté :

En 2015, selon une enquête française sur la santé et le bien-être réalisée par Nielsen 48 % des personnes interrogées se considèrent en surpoids et, parmi eux, 42 % essaient activement de perdre du poids.

Une étude américaine mené par Devendra Singh a montré que les modèles des photos de Playboy ont maigri de 20% en 25 ans.

99% des petites filles américaines âgées de 3 à 10 ans possédaient au moins une poupée Barbie en 1996 selon Mattel.

Une étude d’Allied Market Research a pronostiqué que le marché mondial des cosmétiques pour hommes devrait atteindre 166 milliards de dollars d’ici 2022, avec une croissance annuelle composée de 5,4% de 2016 à 2022.

 

Guillaume Marchand