"Moon Village" : le rêve de l’Agence spatiale européenne

Une colonie humaine sur la Lune. Crédits : NASA/Dennis Davidson

L’ESA souhaite voir une base lunaire permanente sur la Lune d’ici 2030. Un doux rêve ou un futur remplaçant pour l’ISS ?

Le programme Artemis de la NASA vise à renvoyer des astronautes sur la Lune d’ici 2024 ? Qu’à cela ne tienne, l’Agence spatiale européenne (ESA) voit déjà un « Moon Village » (ou village lunaire) sur le satellite de la Terre en 2030 ! Construire une base permanente sur la Lune, c’est l’idée lancée en 2015 par le directeur général de l’ESA, Jan Wörner. Après tout, la Station Spatiale Internationale (ISS) ne durera pas éternellement, ses financements publics risquant de lui être coupés dès 2025… Autant dire demain ! Cette base lunaire serait donc l’occasion pour les nations spatiales intéressées de poursuivre l’aventure. L’environnement lunaire permettrait notamment de se préparer à des projets d’ampleur comme des missions habitées vers Mars. Sans compter l’apport scientifique. La face cachée de la Lune étant à l’abri des émissions radio terrestres, des radiotélescopes pourraient fleurir à sa surface… encore jamais explorée par un être humain.

Vision d’artiste d’un possible programme d’exploration – NASA/SAIC/Pat Rawlings – Domaine Public

De l’observation à la simulation

Le défi à relever est conséquent, c’est pourquoi les missions automatiques restent une valeur sûre pour recueillir le plus d’informations possibles sur cet « autre » monde. Claudie Haigneré, ancienne astronaute et conseillère de Jan Wörner,  parlait ainsi lors d’un entretien de mai 2019 pour Sciences et Avenir « des missions en orbite destinées à cartographier la surface lunaire, à en apprendre davantage sur les ressources d’eau, qui se trouvent sous forme de glace« . Car un séjour prolongé obligera les astronautes à puiser dans les réserves du satellite. « Des études (sont menées) sur le régolithe, cette poussière lunaire certes très abrasive mais au potentiel immense en tant que matière première« , précise Claudie Haigneré. Un chercheur irlandais propose même de l’employer dans des imprimantes 3D, afin de bâtir des habitats en forme de dômes. En attendant, une première simulation ouvrira ses portes fin 2019 dans le Centre d’entraînement des astronautes de Cologne, en Allemagne. LUNA (pour Lunar Analog) est « un hangar de plus de 1 000 m2 recouvert de régolithe reconstitué (qui) permettra de tester (…) en « conditions lunaires«  : les systèmes qui nous permettront de communiquer, les combinaisons de sortie extra-véhiculaire, mais aussi cette habitabilité longue durée dont nous ne sommes pas familiers« . Une première étape nécessaire pour que le rêve puisse un jour devenir réalité.

Romain Fouchard