La vie trouve toujours un chemin

Photomicrographie électronique colorée d'Escherichia coli, cultivée en culture. © NIAID / Flickr

La vie du vide

A bord de la station spatiale internationale, de nombreuses bactéries tiennent compagnie aux astronautes. Grâce à cela il est possible de dire que les bactéries n’ont pas besoin de la gravité pour survivre. Certaines souches poussent même mieux dans l’ISS que sur Terre ! Même l’extérieur de la station semble être gratinée de microorganismes. Une bactérie inconnue sur Terre a été retrouvée dans un des filtres de la station en 2011 : Solibacillus kalamii. Certains ont même avancé qu’il s’agirait d’une souche extraterrestre, mais rien ne vient appuyer ces affirmations très peu probables.

Plus étonnant, il semblerait que le vide ne leur fasse pas peur. Dans une étude publiée en 2012, des chercheurs ont sélectionné des microorganismes extrêmophiles endolithes1 pour les soumettre à des conditions spatiales pendant un an et demi. Vide, radiations électromagnétiques, variations de températures, radiations ionisantes : de ces organismes, plusieurs ont résisté. Puis, en 2014, une étude de l’université d’Idaho a montré que des microorganismes étaient capables de résister aux processus de stérilisation intenses de la NASA. De la vie accompagnerait le robot curiosity dans son voyage sur mars ? Est-il possible que des bactéries errent à bord de satellites dans notre système solaire ? Rien n’est moins sûr.

Les bactéries météorologues

Le blanc immaculé des nuages n’est pas inerte. Les températures négatives et le manque d’oxygène n’empêchent pas la vie de prospérer. En 1978, des prélèvements ont détecté des microorganismes entre 48 et 77 km d’altitude ! Plus qu’un habitat transitoire, des espèces de bactéries seraient capables de s’y reproduire, adaptées à cet environnement hostile par des pigments les protégeant des rayons UV nocifs. Ces habitantes discrètes impactent même le développement de certains nuages. L’espèce la plus efficace en la matière, c’est Pseudomonas syringae. Elle est capable de provoquer la formation de cristaux de glace à seulement -2°C, température normalement insuffisante.

Avant ces découvertes, seuls des composés inorganiques étaient connus pour avoir ces propriétés. Le développement de glace dans les nuages modifie leur dynamique, est à l’origine des précipitations, et intervient même dans le processus d’électrification qui provoque la foudre. Une étude de 2011, basée sur une simulation, montre que la présence de bactéries dans les nuages augmente la fréquence et le nombre d’éclairs au cours d’un orage. Mais cet article doit attendre d’être confirmé par d’autres. Il est maintenant admis que ces ultra-résistantes ont une influence sur la météo, faisant la pluie plus que le beau temps.

La grotte de Movilé

Cette grotte, hermétiquement fermée jusqu’à sa découverte en 1986 en Roumanie, est un cas exceptionnel en spéléologie. L’isolement dont elle a bénéficié pendant plusieurs dizaines de milliers d’années n’a pas empêché la vie d’y persister. Sans lumière, avec une concentration en oxygène très réduite, et une concentration en CO2 100 fois supérieure à celle de l’atmosphère, il est tentant d’imaginer que seules des bactéries sont capables d’y vivre. Mais ce serait sans compter la cinquantaine d’espèces d’invertébrés qui y grouillent en nombre. Millepattes, pseudoscorpions, nématodes, 33 espèces d’invertébrés sur les 48 trouvées n’existent qu’ici. Comment cette vie se maintient dans un endroit si isolé ? A la différence de la chaîne alimentaire dont nous bénéficions en surface, celle de la grotte ne dépend pas de la photosynthèse, la lumière y étant complètement absente. La base de la chaîne est assurée par des bactéries dites « chimiotrophes ». Elles vont consommer les éléments chimiques en présence, comme le méthane ou le soufre, et les utiliser comme source d’énergie.

Sous sous terre

Le royaume du vivant se prolonge loin dans les profondeurs du sous-sol, dans les entrailles de la Terre. Sans surprise, les bactéries prolifèrent à foison, la seule condition étant la présence d’eau. Une espèce, découverte à 2,8 km de la surface terrestre, a la particularité de constituer le premier écosystème connu à ne compter qu’une espèce. Bien qu’elle soit seule dans le noir, ce n’est pas le cas de toutes ses consoeurs. S’en nourrissant, des nématodes ont été détectés dans des failles entre 0,9 et 3,6 km de fond. L’un d’eux, Halicephalobus mephisto, est une espèce endémique2 à cet habitat d’une chaleur insupportable. Il est estimé que la profondeur maximale vivable est de 4 km sous la croûte continentale, contre 7 km pour la croûte océanique, la température augmentant fortement avec la profondeur. Pour l’instant, sous le plancher océanique, les bactéries les plus lointaines ont été prélevées à 1,4 km. Pourtant une étude a trouvé des traces d’activité biologique dans la géologie, repoussant la frontière à 12 km sous terre.

1Se dit d’un organisme qui vit dans une roche

2Se dit d’une espèce qu’on ne retrouve qu’à un lieu, un espace définit

Marion Barbé

Allez voir la vidéo de Lanterne Cosmique : “Jusqu’à quelle profondeur sous terre y a-t-il de la vie ?”