Addiction aux jeux vidéo : loin d’un consensus ?

Le "trouble du jeu-vidéo" est désormais reconnu comme une addiction, au même titre que les drogues, les jeux de hasard ou le sexe. © Anurag Sharma

En septembre dernier, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a reconnu le « trouble du jeu vidéo » comme étant une addiction. C’est-à-dire une maladie, avec des critères de diagnostic stricts. Pourtant, le sujet fait polémique. Pourquoi ?

Les addictions comportementales, c’est à dire l’impossibilité de contrôler un comportement, ne sont pas une mince affaire. Le manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux (DSM), la référence mondiale des psychologues, en recense peu. Addiction aux jeux de hasard et d’argent, au sexe, à l’exercice physique, à l’achat compulsif… Mais pas aux jeux vidéo. La raison est simple : il n’y a pas de consensus. Faute d’études fiables à grande échelle dû à l’hétérogénéité de la pratique et à son apparition récente, il n’existe aucune conclusion définitive. L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) a donc pris une décision sans réel fondement scientifique en ajoutant le « trouble du jeu vidéo » à sa classification des maladies, en septembre 2019. Sans surprise, cette décision a fait bondir d’indignation plusieurs professionnels de la santé. Pourtant, certains cas poussent au doute, notamment en Asie du Sud-Est où le temps de pratique des jeux vidéo est largement supérieur à nos habitudes occidentales. En 2015 à Taïwan, deux trentenaires meurent d’épuisement après plusieurs jours de jeu consécutifs. Il existe des cas similaires en Corée du Sud et en Thaïlande. Cependant, ces cas extrêmes cachent d’autres troubles psychologiques, rendant le repli sur les jeux vidéo une conséquence de ces pathologies sous-jacentes plutôt qu’une maladie en soi. Les psychologues sont divisés : certains parlent de réelle addiction, tandis que d’autres suggèrent un « usage excessif ». La question reste ouverte, et seules des études poussées sur le long terme pourront y répondre. 

Mélissande Bry