Le silence brisé

Le monde du silence, sorti en 1956, est le film le plus connu de Jacques Cousteau. Oscar du meilleur documentaire, palme d’or, accueil critique enthousiaste : le succès est doublé d’une prouesse technique. Pour la première fois, le grand public a accès aux profondeurs, et le film éveillera pendant des décennies nombre de passions pour les fonds marins. Mais se pencher aujourd’hui sur cette oeuvre mène à des surprises.

Jacques Cousteau, réalisateur qui a popularisé Le monde du silence. Crédit : Christian D’Aufin.

Le film commence. Nous sommes aux côtés de l’équipage de la Calypso pour une expédition scientifique de haute volée. Le spectateur aura ainsi l’occasion d’assister à une séance de pêche à la dynamite, de voir les membres de l’équipage monter sur des tortues terrestres, se coller des poissons ventouse dans le dos, ou encore se faire tracter par des tortues marines. La voix du Commandant nous rassure pourtant d’un ton léger et distant. Entre blagues et franche camaraderie, la vie est douce à bord de la Calypso.

Plus tard, le meurtre accidentel d’un jeune cachalot par l’équipage, lacéré par les hélices du bateau, déclenche une scène surréaliste. Les marins sentent la colère monter en eux en voyant des requins se nourrir de la carcasse. Cette colère justifie le massacre de ces derniers aux yeux du narrateur, « la haine ancestrale » ne pouvant être contenue. S’en suit alors trois minutes de tuerie sanglante.

Ce film est-il le reflet des représentations d’une époque ? Ou a t-il contribué à celles-ci ? Il a sans aucun doute impacté la vision de milliers de spectateurs sur la faune océanique. Mais s’il a été acclamé en 1956, c’est qu’il était acceptable pour le public de l’époque et correspondait aux représentations d’alors. Dès les années 1990, il commence à être critiqué, signe qu’une prise de conscience est en marche…

Marion Barbé