Comment chasser un démon ?

St Francis Borgia effectuant un exorcisme, de Francisco Goya

En 1973, le monde entier tremble suite à la sortie du film L’Exorciste, inspiré d’une histoire vraie. Une question se pose alors. Face à un cas de possession, faut-il appeler un prêtre ou bien un psychiatre ?

Le document De Exorcismis et Supplicationibus Quibusdam (« De l’exorcisme et des prières qui s’y rapportent »), entièrement rédigé en latin, présente une particularité peu commune. Il a en effet été modifié en 1999 par le Vatican alors que sa dernière version datait de 1614. Dans cette édition moderne du texte, les exorcistes chrétiens sont mis en garde de ne pas confondre les victimes de véritables démons ou « de leur imagination ». En effet, les symptômes de certaines maladies mentales ressemblent à s’y méprendre à certaines manifestations de possession. L’intervention d’un psychiatre est donc recommandée avant tout processus d’exorcisme par l’Église.

Par exemple, dans ses cas les plus graves, la schizophrénie peut se caractériser par un sentiment de persécution accompagné d’hallucinations sensorielles, comme des voix qui discuteraient avec les pensées du patient. D’autres maladies mentales expliquent les manifestations courantes d’une possession démoniaque, comme la perte d’appétit, la force surhumaine ou les auto-mutilations. Si le patient a grandi dans un environnement religieux, il est alors compréhensible d’associer ces symptômes avec la présence interne d’un démon. Le psychologue Serge Ciccoti indique que dans les cas extrêmes, la vue d’un prêtre ou d’un crucifix accentuerait l’anxiété et les idées délirantes.

Toutefois, les exorcismes sont-ils devenus inutiles au XXIème siècle ? Rien n’en est moins sûr. Aujourd’hui, chaque diocèse chrétien comporte normalement un exorciste. Loin des clichés, ces chasseurs de démons modernes ne noient pas des enfants sous des litres d’eau bénite tout en récitant le même psaume latin en boucle. Ces prêtres aident généralement les personnes en souffrance par l’écoute et la prière, tout en incarnant une certaine autorité religieuse ; pas de quoi les envoyer au diable.

Baptiste Gaborieau