As mad as a hatter

Production de chapeaux dans le Montevarchi, Famille Vestri, domaine public

Le mercure était autrefois utilisé pour la création de chapeaux. Mais ce métal toxique a provoqué bien des dégâts chez les chapeliers…

Vous vous souvenez sûrement du chapelier fou d’Alice au pays des Merveilles. Un personnage excentrique et déjanté, pourtant inspiré de faits réels. Après la perte des territoires Canadiens en 1763, la France peut dire adieu aux fameux poils de castors qui servaient pour le feutre, textile utilisé pour les chapeaux. Désespérés, les chapeliers français se tournent vers les poils de lapin ou de lièvre. Cependant la qualité n’est pas au rendez-vous.

Que faire ? Ils s’inspirent alors de leurs voisins flamands pour augmenter la valeur de leurs chapeaux en additionnant le mercure aux poils pour les rendre plus soyeux. L’ajout de ce métal lourd aux poils permet d’obtenir un feutre d’excellente facture. Mais ce nouveau procédé apporte bien des inconvénients. En effet, le mercure est un métal extrêmement toxique. À long terme il provoque l’hydrargyrisme, maladie qui se traduit par des troubles neurologiques, des tremblements, des problèmes de mémoire, de l’anémie (manque de fer dans l’organisme) et autres réjouissances. Ces symptômes particulièrement impressionnants ont d’ailleurs engendré l’expression « as mad as a hatter » ou en français, « être fou comme un chapelier ».

Dès 1757, Jacques-René Tenon, jeune médecin français est le premier à signaler un empoisonnement chronique au mercure chez les professionnels du chapeau. Il visite les six principales chapelleries de Paris et en tire des conclusions alarmantes : aucun ouvrier n’atteint la cinquantaine, leurs mains tremblent dès le matin, ils sont squelettiques et faibles. Mais ces avertissements restent lettre morte. Pourtant, les dangers du mercure étaient déjà connus depuis le Ier siècle de notre ère mais cette technique était la plus efficace et la moins onéreuse. Heureusement, de nos jours, les chapeaux ne sont plus traités avec du mercure. Mais comme quoi, la mode peut rendre fou.

Camille Paschal