NearDeathExperience / Aux frontières de la conscience

Les expériences de mort imminente, ou NDE, constituent pour certains des portes d’entrée vers l’au-delà, pour d’autres de fantastiques opportunités d’étudier le fonctionnement du cerveau. Il s’agit toujours d’une frontière, parfois entre la vie et la mort, le plus souvent entre la conscience et un état subconscient. Un rapide tour d’horizon de cet état nappé de mystère.

La science derrière les NDE

Les états de flottement entre la vie et la mort peuplent notre culture, et nous avons chacun une notion de ce que ces expériences impliquent : un tunnel aboutissant sur une lumière blanche, la sensation de se détacher de son corps… Cet état, nommé à tort une expérience de « mort imminente », peut être provoqué par un coma, une crise d’épilepsie, ou plus dramatiquement dans le cas d’un véritable arrêt cardiaque. Il reste nappé d’ombre. Nombreux sont les témoignages de personnes « revenues » de cette expérience, la décrivant comme quelque chose de paranormal, un bref voyage vers l’au-delà. Difficile de reproduire en laboratoire les conditions de cet état de conscience altérée, alors, que dit la science de tout cela ? Des études ont déjà tenté de décortiquer des centaines de témoignages afin de recenser les diverses images associées aux expériences de mort imminente. Les plus courantes sont :

  • L’impression ou la conscience d’être mort
  • Un sentiment d’euphorie, de joie, de bien-être
  • Une séparation de la conscience et du corps
  • Une entrée dans un tunnel
  • Une perception d’une lumière

Une étude, publiée en 2013, révéla un pic d’activité cérébrale dans les 30 premières secondes de l’arrêt cardiaque chez des rats. Malgré la controverse de cette étude, il n’est pas si étonnant de penser qu’un organe aussi complexe que le cerveau aurait assurément un moyen de lutter au maximum contre le danger que représente la mort imminente. Reste à savoir lequel.

Ce syndrome survient toujours lorsque le cerveau est en danger, en manque d’oxygène. Le débit sanguin est exprimé en quantité de sang qui arrive au cerveau par unité de temps. Le débit « normal » est d’environ 50 millilitres de sang pour 100 grammes de parenchyme cérébral par minute (ou 50 mL/100g/min). Passé les 23 mL/100g/min, le cortex cérébral « s’éteint », provoquant l’évanouissement. Si le flux sanguin continue à baisser, les neurones commencent à mourir, menant à terme vers la mort cérébrale. Les expériences de mort imminente ne se produisent probablement jamais en état de mort cérébrale, mais plutôt durant cet entre-deux flou que les médecins et scientifiques peinent à étudier. Des explications probables de ces manifestations peuvent être trouvées dans la littérature scientifique, plus ou moins farfelues. Une revue tend toutefois à montrer que les phénomènes associés aux expériences de mort imminente, des sensations implantées dans le cerveau comme de véritables souvenirs, peuvent être associés à un déséquilibre de neurotransmetteurs ou à une forte baisse de l’oxygène apporté au cerveau. Ils sont par ailleurs retrouvés dans d’autres troubles cérébraux. Le célèbre neurologiste Oliver Sacks n’eut de cesse de montrer les tours de passe-passe du cerveau, notamment dans son ouvrage Hallucinations, où il relate les expériences de ses patients ainsi que ses propres hallucinations qu’il subissait lors de migraines. Plus que le « comment ? » reste encore le  « pourquoi ? ». À la porte de la conscience, le cerveau en état de mort imminente se rapproche du cerveau endormi. Cette question, comme celle de l’intérêt des rêves, reste pour le moment sans réponse. Pour sûr, le cerveau a encore bien des secrets à nous livrer.

 

[Oliver Sacks était un professeur de neurologie et psychiatrie à l’Université de Columbia University Medical Center, un médecin neurologiste et un écrivain. il a écrit plusieurs ouvrages sur différents cas cliniques qu’il a rencontrés au cours de sa carrière. Par ses récits composés d’une suite d’anecdotes qu’il rapporte et analyse, il rend ainsi accessibles ses conclusions auprès d’un grand public non spécialisé. Depuis 1970, Oliver Sacks écrit plusieurs livres sur son expérience avec ses patients. Son deuxième livre, l’Éveil (1973), est un grand succès. Il y décrit les effets de la L-Dopa (alors un traitement contre la maladie de Parkinson) sur des patients atteints d’encephalitis lethargica, une maladie caractérisée par une fièvre, des maux de tête, une vision double et une léthargie. Hallucinations (2012) a permis à Oliver Sacks d’explorer le territoire de l’imaginaire, en s’inspirant partiellement de ses propres expériences de migraines, LSD et de sevrage.]

 

The Discovery, Charlie McDowell

 

Il aura suffit d’une rumeur pour que des millions de gens attentent à leur vie dans l’espoir de savoir ce qu’il se passe après. La promesse d’une vie après la vie, c’est ce que laisse miroiter The Discovery. Une machine capable de capter les ondes cérébrales au niveau subatomique, c’est-à-dire à une échelle inférieure à celle de l’atome. C’est grâce à cette invention que le Dr. Thomas Harbor avance avoir vu une matérialisation de la conscience quitter le corps lors de la mort. Elle part, mais sa destination est incertaine. C’est pour répondre à cette question que le Dr. Harbor s’enferme dans un manoir où il mène des expériences de morts imminentes sur lui-même, afin de visualiser cet autre niveau d’existence. Arrêtant son coeur pendant quelques secondes et entrant dans un état entre la vie et la mort, il espère ainsi voir où va l’âme, ou tout du moins ce que nous pouvons appeler conscience. Le film aborde donc différentes problématiques inhérentes aux questions que suscitent les NDE. Celle des dogmes dualiste et matérialiste d’une part mais aussi celle de l’éthique.

 

 

Les états d’éveil et de vigilance

 

Ce qu’on appelle expérience de mort imminente peut être rapportée, en science, à l’état de conscience altérée. Du point de vue neurologique, on mesure le niveau de conscience grâce aux différents états d’éveil et de vigilance. On fera donc la différence entre le fait d’être conscient et le fait d’être physiologiquement vivant. Si l’un se rapporte aux facultés mentales dites supérieures comme la pensée, l’autre concerne les réflexes que conserve le corps même lorsque la conscience est atteinte. Par exemple, une personne dans un état végétatif est dans un état d’éveil nul, mais dans un état de vigilance plus ou moins important. Bien qu’il ait été établi une échelle des états de conscience en fonction des capacités motrice et cognitive, la science actuelle ne permet pas encore d’y placer les NDE.

 

Juliette Dunglas & Agathe Franck