«Couvre-toi, sinon tu vas attraper froid». Combien de fois avez-vous entendu ce conseil ? Voilà qui a l’air d’une maladie d’hiver, mais est-elle réelle ou imaginaire? Des expériences de nos aïeux à celles récentes de la science, le froid révèle des mécanismes insoupçonnés de notre immunité.
Attraper froid ne signifie pas nécessairement tomber malade, car le froid, seul, ne cause pas d’infection. La première expression renvoie à l’observation empirique de nos aînés : en hiver, on est davantage malade qu’en été. La croyance populaire du froid qui rend malade est due à la plus forte circulation l’hiver des maladies respiratoires – comme le rhume, la grippe – et maladies ORL comme les angines et autres otites. Elles sont provoquées par des pathogènes (virus et bactéries).
Pourquoi plus l’hiver ?
Une explication courante provient de la baisse de température qui nous pousse à vivre dans des endroits plus confinés. La proximité et le moindre renouvellement de l’air facilitent l’échange de pathogènes. La deuxième explication pointe le rôle de l’humidité. En hiver, l’air est plus sec qu’en été et permet aux virus de rester davantage en suspension. Ils sont donc plus susceptibles d’être inhalés.
Environnement confiné et absence d’humidité : le froid ne serait alors qu’indirectement lié au nez coulant ?
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Lire la suiteLa revanche du froid
Suite à une infection virale, notre corps produit des protéines qu’on appelle interférons, qui viennent se fixer aux cellules voisines pour les rendre résistantes à l’infection, et limiter la propagation du virus.
En 2017, coup de théâtre. Une étude thaïlandaise publiée dans Archive of Virology de Boonarkart remet le froid au goût du jour.
Les auteurs montrent qu’après une infection avec l’influenza virus – le virus de la grippe – des cellules des voies respiratoires humaines cultivées in vitro et exposées à des températures plus froides que la température corporelle, produisent moins d’interféron que celles maintenues à 37°C. Un potentiel mécanisme du froid sur l’immunité : il diminuerait la capacité de résistance de nos cellules face aux virus.
Ces vésicules extras

Fin 2022, deuxième coup de théâtre. Une étude américaine, publiée dans Journal of Allergy and Clinical Immunology révèle un autre mécanisme.
Des scientifiques découvrent le rôle des vésicules extracellulaires produites par les cellules épithéliales du nez – cellules qui composent les muqueuses nasales, une des premières barrières immunitaires face aux pathogènes.
À la surface de ces vésicules, des récepteurs capables d’adhérer aux particules virales rencontrées et de les neutraliser. L’étude montre qu’exposer ces cellules au froid – en passant de 37 à 35°C – réduit fortement la production de vésicules antivirales. Notre organisme se maintient autour de 37°C, mais le nez, se trouvant lui à une extrémité, se refroidit beaucoup plus vite que le reste du corps.
Serait-ce pourquoi vos grands-parents ne cessent de vous répéter de vous couvrir l’hiver : pour ne pas que votre nez soit trop froid ? Le mythe du attraper froid ne serait-il alors pas si faux ? La prochaine fois qu’on vous fera la remarque, vous pourrez apporter la nuance nécessaire à cette assertion.
Sacha Citerne
Sources
Boonarkart, C., Suptawiwat, O., Sakorn, K., Puthavathana, P., & Auewarakul, P. (2017). Exposure to cold impairs interferon-induced antiviral defense. Archives Of Virology, 162(8), 2231‑2237. https://doi.org/10.1007/s00705-017-3334-0
D’où nous vient l’expression « attraper froid » ? (s. d.). https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/moteur-de-recherche/segments/chronique/427019/rhume-virus-hiver-grippe
Huang, D., Taha, M. S., Nocera, A. L., Workman, A. D., Amiji, M. M., & Bleier, B. S. (2023). Cold exposure impairs extracellular vesicle swarm–mediated nasal antiviral immunity. Journal Of Allergy And Clinical Immunology, 151(2), 509-525.e8. https://doi.org/10.1016/j.jaci.2022.09.037
