Nuit sur le Nil

Dans l'Egypte antique le lever du jour symbolisait la victoire du bien sur le mal et le chaos © Karine Henseler / Pixabay

Dans l’Egypte Antique, chaque lever de Soleil était vénéré car considéré comme une victoire sur Apophis, maître des forces du chaos. Chaque nuit, à bord de sa barque, Rê – le dieu Soleil – devait traverser les douze portes correspondant aux douze heures de la nuit. Et ce pour renaître chaque matin et offrir la lumière aux Egyptiens. Ces portes reliaient le monde souterrain d’ouest en est, et renfermaient chacune une épreuve propre et définie. Rencontrer Osiris, provoquer la crue du Nil ou encore hacher les âmes ennemies : tel un préquel d’Hercule, tout un programme était destiné à Rê et à son équipage divin, près d’un millénaire avant les fameux travaux grecs.

Mais il arrivait parfois qu’Apophis quitte son royaume, la Douât, pour attaquer Rê en plein jour : les éclipses, luttes divines entre le bien et le mal, étaient plus que jamais suivies et craintes par les Egyptiens. Car pour eux, une victoire de la nuit, une victoire du mal et du chaos donc, ne pouvait qu’annoncer une fin du monde certaine… Mais pourquoi donc cette association entre jour et bien, entre nuit et mal ? Ces analogies ne sont pas rares dans les civilisations anciennes, et se retrouvent d’ailleurs indépendamment sur tous les continents. 

Mais imaginez un instant une nuit noire, à peine éclairée par la lueur de la Lune. Après une journée de pêche éreintante, vous pressez le pas pour rejoindre le confort rassurant de votre petite maison en brique crue avant la tombée de la nuit. Car toutes les douze heures, le monde que vous connaissez s’efface au profit d’un manteau sombre, aussi incompris et effrayant que la mort. Nul ne sait l’expliquer, nul ne peut l’empêcher. Une inexorable disparition quotidienne du réel qui vous laisse face à vos sens. Pour une civilisation plus que jamais guidée par l’astre solaire, rien de plus naturel alors que de s’en remettre à Rê, lui qui prouve déjà ses bienfaits quand il règne le jour. L’inconnu effraie, le mythe rassure. Car rien n’est plus terrifiant pour l’Homme que quelque chose qu’il ne peut expliquer.

Jeanne Bourdier