L’érudition médiévale arabe

Crédits : А. Адашев

L’âge d’or islamique démarre avec la fondation de Bagdad en 762 par le califat abbasside, et se termine avec l’enchaînement des croisades puis de la conquête mongole au XIIIe siècle. Au cours de cette période, le monde musulman devint un centre intellectuel et scientifique majeur. De l’Espagne à l’Iran, les « Maison de la sagesse », en arabe بيت الحكمة (bayt al-ḥikma), hébergeaient des scientifiques de tous domaines, origines et confessions. Leurs travaux de traduction et d’archivage permirent de sauvegarder une grande partie du savoir antique, tout en le faisant progresser de manière significative.

Ibn al-Haytham, les yeux bien en face des trous

Crédits : Radoslav Minchev

Né en 965 en Iran et mort vers 1040 au Caire, Ibn al-Haytham, latinisé en Alhazen, est considéré aujourd’hui comme « le père de l’optique moderne ». Maîtrisant le principe de la chambre noire et des lentilles optiques, il s’est servi de son étude du comportement de la lumière pour réaliser des démonstrations en astronomie et en anatomie. Célèbre en son temps pour ses connaissances en mathématiques appliquées, Alhazen fut invité au Caire après avoir prétendu être capable de réguler les crues du Nil. Échouant à réaliser sa tâche, il provoqua la colère du calife. La légende veut qu’il ait alors feint la folie pour être simplement assigné à résidence. C’est durant cette période qu’il aurait écrit son Traité d’optique, dans lequel il explique notamment que la vision se produit dans le cerveau, après que la lumière réfléchie par un objet soit passée par les yeux. Jusqu’à Alhazen, la théorie la plus répandue pour expliquer la vision était celle des émissions, d’après laquelle la lumière était générée par les yeux de l’observateur. Ses découvertes sont dues à son approche expérimentale de la connaissance, fondée sur des procédures réplicables ou des preuves mathématiques. 

Arthur Amiel

Les nouveaux chiffres d’Al-Khwârismî

Crédits : А. Адашев

Savant arabe ayant travaillé dans de nombreux domaines, Al-Khwârismî sera surtout retenu par l’histoire pour ses apports en mathématiques. Originaire de l’actuel Ouzbékistan, où il serait né durant la fin du VIIIe siècle. On connaît peu les événements de sa vie, si ce n’est qu’il se rendit et travailla à Bagdad. Son traité Abrégé du calcul par la restauration et la comparaison sera considéré comme l’acte fondateur de l’algèbre. C’est du titre de son ouvrage que viendra le terme « algèbre », de l’arabe al-jabr, la restauration, l’une des techniques qu’il met en œuvre avec l’al-muqabala, la réduction, pour résoudre des problèmes mathématiques. Mais si les équations vous font peur, pas de panique ! À l’époque d’Al-Khwârismî, les notations littérales, du type ax + b = c, n’ont pas encore été inventées, et tous ses problèmes sont résolus en phrases. On désignera sa méthode par le terme d’« algèbre rhétorique ». Les mathématiques du savant s’appuient sur la vie courante, ses problèmes s’inspirent de cas de succession ou de partage de terre. Il utilise d’ailleurs le dirham, l’unité de monnaie, pour désigner les unités qui s’additionnent aux inconnues et à leurs carrés.

Al-Khwârismî sera aussi le promoteur des chiffres dits « arabes », qu’il découvrira lors de la traduction d’un traité de mathématiques indien. Par la suite, le savant marquera encore l’histoire des mathématiques lorsque son propre nom latinisé donnera le terme d’algorithme.

Edwyn Guérineau


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Ibn Sina, le Canon du monde arabe médiéval

Crédits : konservo

Ibn Sina a de nombreux surnoms : Avicenne pour les Européens, « Cheikh Al Raïs », le prince des savants, pour ses disciples. Ce philosophe et médecin perse, né en 980 près de Boukhara dans l’actuel Ouzbékistan et mort en 1037 à Hamadan en Iran, a grandi durant l’âge d’or de l’Islam et en a marqué l’Histoire. Il s’intéresse très tôt à la médecine et, à l’âge de seize ans, parvient à guérir le souverain de sa région qui souffre de coliques. Cela lui permit d’avoir accès à la large bibliothèque royale et donc aux ouvrages de Galien, d’Hippocrate ou encore d’Al-Ghazali. C’est ainsi qu’il développa sa propre vision de la médecine, prônant un mode de vie sain en prévention des maladies, de la nourriture au sommeil en passant par l’activité physique. 

Au début du XIe siècle, il commence son œuvre la plus importante, le Kitab Al Qanûn fi Al-Tibb (le Livre de la Loi concernant la médecine), plus connu sous le nom de Canon en France. Cet ouvrage de cinq tomes rassemble et synthétise ses recherches pendant dix ans sur tous les savoirs médicaux existant à son époque. Le Canon devient alors la première encyclopédie de médecine, largement diffusé et traduit jusqu’en Europe où il devient une référence. Même si Le Canon a fini par être relégué au rang de « science ancienne », l’œuvre d’Avicenne a favorisé la transmission de savoirs entre l’Europe et le monde arabe, comme en témoignent les nombreux hommages posthumes qui lui sont encore adressés. 

Sirine Ben Younes

Sources