Les mémoires du patient H.M

Tête de modèle du corps humain. Par Pierre Acobas / https://unsplash.com/photos/nbD0VmKnPrI Par Pierre Acobas / https://unsplash.com/photos/nbD0VmKnPrI

Dans les années cinquante, Henry Molaison subit une chirurgie pour lui retirer certaines structures du cerveau : l’hippocampe et les lobes temporaux. Cette opération, qui a pour objectif de le soigner de ses fortes crises d’épilepsie, le rend amnésique. C’est ainsi qu’il devient le patient H.M, le sujet d’étude qui permit de considérables avancées scientifiques sur le fonctionnement de notre mémoire.

À son réveil de l’opération, le patient H.M se souvenait de son prénom mais pas de qui il était. Il souffre d’une amnésie rétrograde qui l’empêche de se remémorer presque onze ans de sa vie.

Il perd une grande partie de la mémoire dite « épisodique » et se retrouve incapable de se souvenir d’événements importants et marquants de son passé, ni même du contexte dans lesquels ces événements se sont produits (dates, lieux…). Autre séquelle importante : une amnésie antérograde. Henry Molaison n’arrive plus à créer de nouveaux souvenirs dépassant les quelques minutes. Les nouveaux éléments ne sont pas consolidés et donc pas « gardés en mémoire ». Brenda Milner, une neuropsychologue, a étudié le cas et l’évolution du patient H.M. pendant plusieurs années. Cette dernière était obligée de se présenter chaque jour du fait de cette incapacité à stocker de nouvelles informations.


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Des cerveaux, une mémoire

La mémoire collective émerge des souvenirs individuels, mais n’en est pas la somme. Elle s’inscrit pourtant durablement dans la mémoire des individus, au point de créer un modèle mental partagé. Il y a un siècle, le sociologue français Maurice Halbwachs émettait l’hypothèse selon laquelle les souvenirs individuels sont influencés, voire reconstruits par leurs environnements sociaux. […]


Les études réalisées par Brenda Milner et Suzanne Corkin (professeure en neurosciences), ont montré que la chirurgie avait endommagée sa mémoire explicite, mais avait épargné sa mémoire implicite. Cette dernière lui permet de maintenir ses habilités motrices, comme écrire ou faire du vélo : c’est ce qu’on appelle, la mémoire procédurale. Et si la mémoire à long terme de Henry Molaison n’était plus indemne, il conserve cependant sa mémoire à court terme et peut ainsi se souvenir d’informations dans un laps de temps inférieur à une minute. Les résultats de ces études ont grandement contribué à la progression des neurosciences. 

Milner et Corkin ont permis de mettre en évidence que l’on ne doit pas considérer la mémoire comme un seul bloc mais qu’il existe plusieurs types. Aujourd’hui, une classification permet de référer les différentes façons de concevoir la mémoire, que ce soit en fonction du temps ou de ce qui est encodé et enregistré. Le cas H.M a aussi permis de conclure qu’il existe différents sièges de la mémoire et donc différents types de « circuits ». Si l’hippocampe est essentiel à la formation de nouveaux souvenirs, il n’intervient pas dans la mémorisation de nouvelles capacités motrices.

Nawel Boulmane

Sources : 

https://lejournal.cnrs.fr/nos-blogs/aux-frontieres-du-cerveau/limage-de-la-semaine-henry-molaison-lhomme-qui-ne-pouvait-plus

https://www.larecherche.fr/le-cerveau-du-patient-h-m-parle-encore