Les jeux éducatifs face aux inégalités scolaires

Pixabay Deux enfants excités face à un ordinateur portable.

Face à la perpétuation des inégalités sociales au sein du système scolaire, les jeux pédagogiques ont un impact limité sur la réduction des inégalités.

Contrairement à l’idéal méritocratique qu’on attribue souvent à l’institution scolaire, on observe que dans les faits, l’école française ne réduit pas les inégalités entre individus dans la société. Au contraire elle les perpétue en des inégalités entre filières, établissements et suivant la profession des parents, comme l’explique le sociologue François Dubet.

Dans ce contexte, les jeux pédagogiques, ces activités ludiques qui cherchent à transmettre un apprentissage, ont un impact limité. Le chercheur en sciences de l’éducation, Julien Netter montre en 2019 que l’utilisation des jeux comme outil pédagogique conduit à brouiller la séparation entre loisir et apprentissage, et favorise les élèves de classe sociale supérieure. Dans l’exemple du théâtre qu’il utilise, il observe que les élèves issus de classes supérieures parviennent plus facilement à faire le lien entre leurs compétences académiques et leur capacité à mettre en scène la pièce. Ils sont aussi davantage en mesure d’utiliser le théâtre pour renforcer leurs connaissances et compétences et en acquérir de nouvelles. À l’opposé, les jeunes de milieux défavorisés ont beaucoup plus de difficultés à comprendre les liens entre le jeu et les apprentissages. Dans une recherche menée sur le jeu dans les cours de science économique et sociale (SES), Julien Claeys, Tony Gauthier et Kévin Lodenet observent aussi cette perpétuation des inégalités d’apprentissage par le jeu, mais soulignent tout de même que le jeu « permet d’accroître la participation globale du groupe classe […et] d’orienter la participation des élèves en direction de la construction du savoir. » Le jeu reste donc un outil utile à disposition de l’enseignant ou de l’enseignante.

Pierre Jothy